A LA TRIBUNE

L'avis des spécialistes pour la protection de la planète

[art & nature]

INTERVIEW DE

MARIANNE

PONCELET SUR

SON CONTE

"L'ENFANT QUI

CHERCHAIT

DES ETOILES"

Publié le 19 JANVIER 2009 - 16 h 34

"En ce qui concerne les enfants des villes, il est important qu’ils puissent trouver ce rapport avec la nature qui apaise, qui nourrit, qui tranquillise et qui remet les choses en place. La nature nous montre où est la place de l’homme dans un univers beaucoup plus grand que lui. La nature, en fin de compte, est beaucoup plus forte que nous tous réunis." - Marianne Poncelet -

Interview réalisée par Marie


Bonjour Marianne Poncelet ! Avant de parler de votre nouveau livre « L’enfant qui cherchait des étoiles », nous allons parler de vous. Pouvez-vous vous présenter à nos internautes ?

Je suis née en 1959. Depuis toute petite, j’ai toujours adoré et voulu écrire des histoires. Cela m’a, tout naturellement, conduit à avoir un parcours littéraire. J’ai fait des études de philologie romaine et hispanique, dans l’idée de devenir écrivain sur le long terme. Je suis partie en Espagne, à Valencia, pour réaliser un mémoire en langue espagnol. Puis, je suis rentrée en Belgique où j’ai donné des cours de traduction littéraire espagnol-français. En 1991, j’ai eu l’honneur de rencontrer Yehudi Menuhin. Il avait lu l’un de mes livres (Un enfant de la terre et du ciel) pour lequel il a écrit une merveilleuse préface. Suite à des échanges de lettres et de correspondances, j’ai pu travaillé avec lui. J’ai traduit plusieurs de ses textes pour des publications dans des journaux. Ensuite, il m’a demandé de m’occuper de plusieurs de ses projets. A un moment, nous avons décidé d’un commun accord, de créer la Fondation Internationale Yehudi Menuhin, qui depuis existe et s’est développée dans douze pays.

 

Ma première question, par rapport à votre livre, serait de savoir si, ce conte qui n’est pas le premier que vous écrivez, s’inscrit dans la continuité de vos précédents livres ou si vous avez voulu y exprimer d’autres idées que vous n’aviez encore jamais développé avant ?

Je pense que ce conte s’inscrit plutôt dans la continuité de mes précédents livres puisqu’en fait, le point de départ est de montrer que l’art est une des solutions possibles pour avancer dans la vie, pour libérer son être, pour vivre en accord avec le monde qui nous entoure. L’art est une des portes possibles de l’expression personnelle. C’est ce que j’ai exprimé à plusieurs endroits, dans plusieurs de mes contes.


A propos du titre de votre livre « L’enfant qui cherchait des étoiles », faut-il comprendre l’enfant qui cherchait la lumière ? C’est-à-dire la connaissance ! Si oui, quelle connaissance ?

Pour moi, les étoiles : c’est aussi l’ailleurs. C’est ce qui est un peu inatteignable, ce qui est magique ! Ça peut être aussi la connaissance. Mais, au départ, je ne l’ai pas interprété de cette manière. Je suis partie d’une métaphore : l’étoile est une autre planète ! C’est peut-être une planète d’où l'on vient et où on retourne. Donc, le titre de ce livre doit plutôt être compris comme une image. Il suggère quelque chose qui nous apporte une réponse de l’infini, de l’ailleurs, du cosmos, de ce monde dans lequel nous ne sommes qu’une petite particule.


Dans le livre, il y a quatre enfants. Il y a notamment Ali qui cherche à aller dans le désert. Juan qui lui est parti pour chercher les étoiles. Pourquoi avoir mis l’accent sur la quête des étoiles et pas sur la quête du désert, vu que c’est dans ce lieu qu’il va se passer pas mal de chose ?

Pour la même raison que pour le titre de mon livre. Les étoiles ont quelque chose de magique et d’inatteignable qui nous relie à l’infini. Je trouve que cela a une plus grande portée que de simplement parler du désert qui est sur terre. Pour moi, les étoiles : c’est l’univers, c’est l’ailleurs qu’on voudrait atteindre et, à travers elles, il y a aussi la recherche de se relier à une divinité.


Quand on sait que, dans notre société, le clochard représente l’image du marginal, de l’exclu, de celui qui tourne le dos à la société, pourquoi avez-vous choisi Charlie, un clochard, pour accompagner Ali dans sa quête ?

Je crois que toute personne a en elle des clés pour lire la vie, l’univers et le monde. C’est notre société (bien organisée) qui conclue que le clochard n’a rien à dire. Mais, dans mon livre, au contraire, il a justement beaucoup de choses à dire parce que, jadis, il a connu le monde de consommation. Il s’en est échappé, bien malgré lui, et il a connu un autre univers, une autre vie (beaucoup plus dure) qui lui a apporté une forme de liberté.


Pour en revenir au désert, c’est dans ce lieu que tous les personnages trouvent les réponses à leurs problèmes. Pourquoi avoir choisi le désert comme lieu d’initiation ?... Car dans votre livre, vos personnages parcourent pleins d’autres paysages.

Je me suis inspirée des peuples primitifs, notamment des indiens d'Amérique (les amérindiens), avec les Navajos, les Hopis qui vivaient dans le désert, dans le sud des Etats-Unis. Ils avaient toute une série d’expressions artistiques sacrées. C’est un peu ça mon guide ! Je me suis dit que mes personnages allaient se retrouver dans un lieu primordial : le désert ! Un endroit qui a existé avant que la vie apparaisse sur terre. Dans le désert, il y a des symboles artistiques que les peuples primitifs ont intégrés dans leurs expressions les plus profondes. En résumé, pour moi, le désert permet de retourner à un lieu primordial, mais aussi à une source de symbole.


Le personnage de Pablo qui vit dans ce désert, peut-il être, justement, vu comme un représentant du primitif ?

Dans ce livre, Pablo est le symbole des cultures encore nomades, des cultures animistes ou chamaniques. Dans ce sens, il est, un peu, le sage qui vit aux alentours du désert avec sa tribu. Avec très peu de mots, mais avec une force profonde (car c’est un être très centré sur lui-même), il réussi à convaincre tous ces jeunes et ces moins jeunes qui viennent de différents milieux. Ceux-ci tentent d’échapper de là d’où ils viennent, par devoir, par curiosité, par envie de connaître de nouvelles choses. Ils se retrouvent tous dans ce désert qui est un lieu chargé d’énergie chamanique.


C’est vrai que Pablo donne à la petite troupe une énergie qui les emmène à décider de retourner en ville pour y emmener la joie et pour y organiser des festivals mêlant l’art, la musique, etc. Sous-entendez-vous que le mal être que l’on peut observer dans nos villes (le stress, l’agressivité, les dépressions) est, en partie, lié à la perte d’un lien avec la nature et toutes les cultures animistes dont vous nous avez parlé ?

Moi, j’en suis convaincue. Je viens de la Nature. J’ai passée toute mon enfance dans les forêts Ardennaises. J’ai eu très tôt ce lien avec la Nature. Venir en ville, pour moi, n’a jamais été un but en soi. J’y suis par nécessité. Dès que je peux, je retourne me ressourcer dans la nature, dans les forêts, dans les eaux. Je sais que pour vraiment retrouver une forme d’équilibre, il faut retourner vers ce contact étroit avec la nature. En ce qui concerne les enfants des villes, il est important qu’ils puissent trouver ce rapport avec la nature qui apaise, qui nourrit, qui tranquillise et qui remet les choses en place. La nature nous montre où est la place de l’homme dans un univers beaucoup plus grand que lui. La nature, en fin de compte, est beaucoup plus forte que nous tous réunis.


Pensez-vous qu’aujourd’hui, en 2009, les gens, notamment des villes, sont prêts à entendre ce message de retour aux sources qui est exprimé dans votre livre ?

Je crois que les gens, petit à petit, sont de plus en plus prêts à entendre ce message. Les évènements les poussent à s’y préparer. Il me semble qu’on assiste à toute une série d’écroulements : écroulement financier, environnementale, etc. On est de plus en plus loin de nos certitudes. Il va falloir retrouver une autre façon d’appréhender le monde qui nous entoure et changer la façon de vivre que nous avions jusqu’ici. Ce qui était considéré comme sûr ne le sera plus, plus vraiment ! Les gens vont devoir entendre le message soit délibérément, soit forcément parce qu’ils vont devoir se réadapter à l’univers qui les entoure.

 

ECOUTER L'INTERVIEW AUDIO >> RDV SUR LE SITE WEB "MUSIQUE ET CULTURE URBAINE " DU MAGAZINE ABANA